Le boulot. Mon boulot en particulier. Quelle motivation y trouver?gag

Comme tout bon échec ordinaire, sachez que serveur dans un bistrot-PMU avoisine le niveau zéro de l'autosatisfaction. Le patron, Bruno, ne m'a posé en tout et pour tout que deux questions à mon entretien d'embauche: "T'as une clope?" et "Guillaume, c'est ça?". Non. Gustave, ou Gag à la limite. Mais je n'ai pas osé le contredire, depuis deux ans je fais donc le service sous le nom de Guillaume. Pas dérangeant si seulement je n'avais pas à réécrire mes chèques de paye... Un jour je lui dirai. Sûrement le même jour où je poserai ma démission, fièrement, annonçant que j'ai enfin trouvé un CDI!

Bref j'étais au boulot, au bistrot du coin si judicieusement nommé "Le Bistrot du Coin", lorsqu'une voix, pareillement doucereuse que celle de Brigitte Fontaine, me héla énergiquement, me tirant de mes rêvasseries quasi-permanentes (j'étais alors dans un monde fantastique, marxiste-léniniste, sans Marx et sans Lénine.). Cette voix, donc, appartenant à un philosophe de comptoir tellement abimé qu'il ferait passer l'Erica pour une épave d'optimiste, m'enjoint avec véhémence de "rhabiller le p'tit", soit lui servir le douzième demi-pêche de la matinée.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, t'as fini tes études, nan? (j'acquiesce). Alors, c'est à cause de la crise que tu bosses dans ce bouge trois fois par semaine pour la moitié de ma pension? (haussement d'épaules) En tout cas c'est vraiment une époque de merde si on pense qu'un gars comme moi, sans certificat, à ton âge était déjà contremaître! Travaillez plus qu'ils disent... Tu sais quoi? Ta vie est un gag mon garçon!

La boucle est bouclée. Le penseur se lève donc laissant 20 centimes de pourboire avec satisfaction, puis d'un pas magistral se dirige vers les toilettes en déboutonnant sa braguette.