2h du mat, driiiing, c’est surement encore elle. Elle a prit l’habitude de débarquer au milieu de la nuit ces derniers temps : souvent échaudée par le mec du soir, parfois simplement pour discuter « parce-que-la-nuit-ça-m’inspire-et-puis-on-s’ennuie-non ? » Non, moi la nuit, je dors en fait... Bref.

« - Putain Gag, tu veux pas foutre un caleçon !

- Mrmff... je dormais.. »

Elle m’ignore royalement, se dirige vers la cuisine, décolle le post-it de l’énorme boite de cookies piteusement envoyée par ma sœur :

Hello petit frère,

Je me suis dit que ça te changerait des pâtes ! ;)

Eléanore

 Elle ouvre ladite boite, grignote du bout des dents un biscuit, le repose, s’affale dans mon pouf défoncé.

Je l’observe, le cheveu hirsute, la queue entre les jambes, les bras ballants, me demandant une fois encore à quelle histoire j’aurai droit ce soir. Elle se relève d’un bond et arpente mon 20m2, commente ma vaisselle non faite, ouvre mon armoire pour y piquer un sweat, remarque mes caleçons en boule à côté de mes baskets, râle sur mes poils qui jonchent le lavabo. Son manège n’est pas anodin, je le sens, elle ne va pas me louper cette nuit encore...

« A ce rythme tu vas vraiment finir tout seul Gag, sérieux ! »

C’est reparti pour un tour,  ça commence toujours comme ça, l’air de rien, et puis elle explose tout, comme une attaque terroriste. Je sais de quoi elle va me parler, je le sais beaucoup trop bien, mais à ce moment là je ne pense qu’à me recoucher...

« C’était quoi ces manières l’autre soir avec Mélissa ? Je te présente une meuf, super canon, je lui avais vachement parlé de toi et tu lui as à peine décroché trois mots. Vraiment tu m’échappes, c’est toujours la même chose, je vais commencer à croire que tu préfères les mecs à ce rythme ».

Et voilà ! La bombe ! Les mots étaient lâchés. Je savais bien que ça lui trottait dans la tête depuis quelques semaines déjà, j’avais bien remarqué les insinuations, les je-tourne-en-rond. C’est vrai que Mélissa je ne l’ai pas vraiment regardé, elle était surement jolie, elle était surement pas bête, peut-être même qu’on aurait pu s’entendre.

Je préfère les filles aux mecs y’a pas de doutes, mais je préfère aussi LA fille aux filles... et c’est surement ça le problème. Ca fait surement de moi un mégalo-romantico-accro comme on en fait plus de nos jours, je suis celui qui n’osera pas, je suis le naze réconfortant, parfois cinglant mais pas macho. Elle a raison je cache quelque chose mais c’est pas ce qu’elle croit... mais ça elle ne le saura pas.

Gag by night

Elle a débarqué dans ma vie comme un tank allemand dans Paris. Elle m’a enrôlé, faut dire que j’ai jamais été très bon dès qu’il s’agit de prendre mes propres décisions. Elle n’est pas très chanceuse, c’est surement ce qui l’a fait tomber sur moi. Elle m’a engloutie avec sa vision de la vie, ses élans de joie comme si demain était le dernier. Avec elle tout est drame, passionné, elle aime et elle hait à la fois. Elle se proclame féministe aux lendemains de ses histoires d’un soir qui finissent généralement  à l’aube d’un jour de jeunesse en moins, et elle promet alors qu’on ne l’y reprendra plus. Elle pleure sur mon épaule en blâmant ces « connards », elle affirme qu’elle m’offrira des glaces pour remplacer celles qu’elle dévore dans mon congélateur... elle ne sait pas que je ne les achète plus que pour elle.

 Elle débarque toujours au milieu de la nuit, c’est Louise et je suis « juste-son-pote ».