«Allô Gag ? c’est moi...» Quatre mots à peine et déjà elle m’énerve : sa voix un peu stridente, son débit de mitraillette, et surtout sa manie de dire «c’est moi» comme si elle était la seule fille sur Terre. Le problème avec Eléanore, c’est qu’elle a regardé beaucoup trop de Disneys quand elle était petite, du coup même maintenant, elle se prend toujours pour une princesse. Et l’autre problème, c’est que c’est ma soeur...

 

«T’as quelque chose de prévu pour dimanche ? t’inquiètes, c’est juste une question rhétorique, je sais bien que les gens comme toi n’ont jamais rien de prévu le week-end, mais Mamie a insisté pour que j’te demande, donc voila, j’te l’demande...»

Les gens comme moi ? Ca veut dire quoi ça soeurette ? les loosers ? les nuls ? les ratés? Bon, c’est vrai, j’ai repassé deux fois ma soutenance de mémoire et je dors toujours dans les draps Batman que Tatie Brigitte m’a offert pour mes 8 ans, mais moi au moins je ne passe pas mes journées à promener les chiens des autres !

 

«... donc on se retrouve tous dimanche à midi chez mamie pour un repas de famille...».

Misère, un repas de famille ! L’épreuve la plus terrible qui existe au monde. Pire que 40 jours dans le désert, la torture au chalumeau, et même les cours de gymnastique au collège.

Parce que les repas de famille, ça se passe toujours de la même façon. D’abord, les bisous-ventouses de mamie : bien bruyants, bien baveux, bien collants mais qu’il faut faire semblant d’apprécier quand même. Ensuite l’inévitable question de Tonton Gérard : «Alors Gus, comment vont les amours ?» Je lui répondrais bien «Très bien mon vieux, j’ai trouvé la femme parfaite et un de ses jours, elle se rendra compte que, plus que son meilleur ami, je suis l’homme de sa vie ! Et toi, ta femme couche toujours avec son coach de PNL ?» Mais j’ose pas, alors je préfère devenir plus rouge que la soupe à la tomate que mamie nous sert toujours en entrée, me mettre à bégayer et finalement aller me cacher dans la cuisine.

Et puis plus tard, avec la sacro-sainte tarte aux pruneaux (j’aime pas les pruneaux) reviennent toujours les mêmes histoires, les mêmes anecdotes ridicules et humiliantes : Gus qui a dû se déguiser en mouton pour la crêche vivante de la paroisse en 1993, Gus qui a passé plus de 3 heures caché sous l’escalier pendant une partie de cache-cache alors que ses cousins l’avaient juste oublié, ou encore Gus qui s’est retrouvé en maillot de bain Sailor Moon devant toute sa classe parce qu’il avait oublié le sien et que le seul qu’on ait pu lui prêter était un maillot une pièce pour fille. Je le sais bien que ma vie est un gag, pas besoin me le rappeler à chaque fois !

 

Bref, on est que vendredi, mais rien que de penser à l’échéance de dimanche, j’ai déjà une boule au ventre...costume-peluche-mouton-enfant