«Driiiiing» J’ouvre un oeil et jette un regard au réveil : 11h. Trop tard pour que ce soit Louise. Mais alors, qui peut bien sonner à ma porte à cette heure-ci ? Je m’extirpe difficilement du lit et rampe jusqu’à l’interphone. «C’est moi Gag ! T’es prêt ? (silence) Pas la peine d’inventer une excuse pour éviter d’aller manger chez mamie, tu manques trop d’imagination !» Grrrrrrrrr, je hais ma soeur !

 

Une heure plus tard, Eleanore gare sa twingo verte devant la maison où nous avons passé tellement de mercredis après-midis à faire des pompons et de la pâtisserie. Cette maisonnette au jardin fleuri me fait penser à celle toute en confiseries dans Hansel et Gretel : de l’extérieur, elle donne envie, mais le Mal se cache à l’intérieur. J’essaye de me rassurer : ce ne sera peut être pas si terrible que ça cette fois-ci..!

 

Je n’ai pas encore fait trois pas dans le salon ni reçu les bisous collants de mamie que je sais déjà que si, ça sera terrible. Et même peut être pire que le dernier repas de Noël où j’ai faillit m’étrangler avec un os de la dinde. Parce qu’il se tient là, au milieu du salon, faisant la conversation à Papy, avec un verre de vin blanc à la main et un sourire éclatant digne d’une mauvaise pub pour dentifrice. Golden Bright.  Si j’étais Batman, il serait le Joker. Moi Superman, lui Lex Luthor. Moi Frodon, lui Sauron. Bref, mon pire cauchemar. 

 

Vous connaissez le sketch du Blond de Gad Elmaleh ? Vous pensez qu’un homme tellement parfait et tellement horripilant, ça ne peut pas exister ? Et bien détrompez-vous, il existe ! et pas de bol pour moi, c’est mon cousin du même âge...

 

Jusque-là j’ai survécu, mais avec le café et les After Eight viennent les questions gênantes de Tante Brigitte. 

«Alors Gustave, tu as enfin trouvé un emploi stable ?

  • Heu... C’est-à-dire que...
  • Edouard vient de décrocher un super poste dans une grosse entreprise. Mais c’est sûr que quand on sort de Science Po et qu’on a fait un stage de 6 mois à l’ONU, c’est plus facile que quand on est diplômé d’une obscure école de commerce...»

J’essaie de ne pas l’écouter jacasser, mais j’ai quand même du mal à encaisser.

«Et quand est-ce que tu nous présenteras enfin une petite fiancée ? Mon Edouard avait invité son amie à déjeuner le week-end dernier. C’est une fille absolument délicieuse ! Et bien éduquée avec ça ! ...»

 

Plus elle me rabaisse,  plus Golden Bright semble briller. Et lui, à l’autre bout de la table, qui fait semblant de ne pas entendre les louanges dont le couvre sa mère ! Il me donne envie de gerber ! Si elle savait, Tatie Brigitte, qu’en soirée, son petit chéri s’amuse à saouler les filles pour pouvoir les choper après. Et que, toutes les fois où il a manqué le repas familial dominical parce que, soi-disant, il travaillait, il était en fait en train de décuver en compagnie d’une gracile demoiselle dont il ignore jusqu’au nom...

 

Ma vie n’est peut être qu’un gag, mais celle de Golden Bright n’est qu’une vaste comédie !