Il est 19h00 et je viens de finir me préparer pour mon rendez-vous,

 

Après avoir attendu désespérément toute la journée, je suis rentré tranquillement chez moi pour regarder la télé, glander sur Internet et m’endormir en plein milieu de la nuit les yeux explosés. En deux mots mon programme habituel. Sur le chemin du retour, j’ai aperçu au loin Eleanore qui agitait ses bras dans tous les sens et criait des mots qui me semblaient incompréhensibles. Une fois que je suis arrivé à son niveau, elle me sauta dessus en vociférant quelque chose du genre : « Tu foutais quoi ? Ca fait une heure que je t’attends ? Tu ne regardes jamais ton téléphone en plus ? Je t’ai laissé au moins 7 messages ? On n’est pas en avance en plus donc grouille toi… »

 

Comme je ne réagissais pas, elle fronça les sourcils, m’arracha les clefs des mains, ouvrit la porte puis me tira à l’intérieur de l’appartement en continuant son monologue, cette fois-ci, sur l’état de mon appartement :

 

«J’en étais sure. Heureusement que je suis venue parce que te connaissant, je savais que ça aller être une vrai porcherie. Mais tu n’ouvres jamais tes volets ça pue » dit-elle en ouvrant les fenêtres et en commençant à faire un peu de rangement.  Puis elle se dirigea telle une furie vers la cuisine. «En plus, tu n’as rien à manger. Qu’est ce que tu veux que je fasse avec un steak, un oignon et ton reste de pâte qui est en train de moisir. Grrrrr tu es vraiment incorrigible. C’est confirmé, je n’aurai jamais le temps d’aller faire des courses, te faire un repas, aérer et t’habiller en une heure trente. Bon je pense que le mieux maintenant c’est que tu l’amènes au restaurant».

 

Elle se retourna enfin vers moi pour me demander si j’avais « au moins» de l’argent. Question à laquelle elle répondit immédiatement en grommelant qu’elle ne voyait pas dans quoi je pourrais dépenser le peu d’argent que je gagne. Puis elle partit dans ses radotages habituels sur ma vie ratée, sur ce que je ferais sans elle, etc. J’avais pris l’habitude de m’enfermer dans une bulle impénétrable lorsque ma sœur commençait à me parler. Je pouvais sans écouter reconstituer la grande partie de ce qu’elle avait pu dire car en général elle répétait les mêmes choses. Je commençais donc à penser à l’épisode de New York Unité Spéciale que je n’avais pas encore regardé lorsque soudain j’entendis ce prénom que j’avais tant espéré ces derniers temps

 

-…. Amandine….

-Amandine ?

-Oui Amandine. Elle t’a appelé apparemment pour te confirmer le rendez-vous à 20h chez toi. Mais ne t’inquiète pas, je lui ai envoyé un sms pour lui dire que c’était bon, enfin je veux dire tu lui as envoyé un sms.

-Hein ?

-Ah oui… Heu écoute… J’ai fait ça pour ton bien… J’ai t’ai mis en contact avec cette fille. Je t’ai bien vu avec ta tête de frustré au repas de famille dimanche dernier donc on a pensé qu’une présence féminine te fera du bien.

Ce «on» que je déteste tant et qui renvoyait surement à ma sœur, ma mère et ma tante.

-Hum et c’est qui ? Une collègue de boulot?

-Heu non ! Je ne vais surement pas me compromettre en te présentant à quelqu’un que je connais. C’est une fille que j’ai rencontrée sur un site.

-Tu vas sur des sites de rencontres maintenant ?

-Bah non béta. T’as rien compris. J’ai créé un profil à ton nom. Bon je te préviens j’ai un peu arrangé la réalité parce que sinon je ne pense pas que tu aurais pu rencontrer quelqu’un. Ca fait un petit bout de temps que je discute avec elle mais en sentant ta frustration dimanche je me suis dit qu’il fallait que je déclenche un rendez-vous. Pourquoi à ton avis je te demandais tout le temps tes heures de repos ? Il faut vraiment tout te dire.

-Hum…

-Tu pourras au moins être reconnaissant. Grâce à moi tu vas enfin avoir (si bien sûr tu ne foires pas tout) une soirée un peu, comment dirai-je, pimentée, hein ? En plus je pense qu’elle est un peu chaude la Amandine.

 

Voyant ma tête d’enterrement, elle partit dans une des tentatives de persuasions qu’elle seule menait avec perfection au cours de laquelle elle mêlait larmes, supplications, coups d’œil complices et mots tendres à mon égard. Je savais pourtant au fond de moi qu’à cause de cette supercherie j’avais réussi à la suivre dans un magasin de lingerie, à aller faire des entretiens bidons, et même à lui prêter de l’argent à plusieurs reprises. Et pourtant, une fois de plus, j’ai réussi à me laisser persuader que c’était un mal pour un bien et que je passerais à côté de quelque chose si je n’y allais pas.

 

Une heure d’engueulade-réconciliation, de coaching et de réservation de restaurant plus tard, j’appelai Amandine pour la première fois pour la prévenir du changement de programme. Cet appel, que j’avais au préalable répété plusieurs fois avec Eleanore, fut très court mais aussi très stressant pour moi. Une fois qu’elle eut accepté avec une joie presque inquiétante de sortir, je me préparai sous les ordres de chef-Eleanore qui ne cessait de critiquer mes choix vestimentaires.

 

Tout cela pour dire qu’Amandine existe finalement. La preuve qu’une fille peut effectivement venir me chercher à ma porte, mais cela ne peut fonctionner qu’avec une sœur ou un proche intrusif comme Eleanore.  Je ne sais pas encore si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle mais de toute façon ca me changera de mes soirées en tête à tête avec mon PC portable.

 

Bon il est 19h20, je dois malheureusement partir mais je vous dirai tout demain sur mon rencard J. Souhaitez moi bonne chance…